La parole à l’expert : interview avec Giuseppe Maiorana

Le témoignage de Giuseppe Maiorana, un jeune marketeur italien, gagnant du Prix Leonardo. Un focus sur son expérience académique et professionnelle.

Le marketing t’intrigue ? Tu voudrais en savoir plus sur cette profession ? Tu aimerais entendre l’expérience d’un jeune qui travaille dans ce secteur ? Alors cet article est pour toi !

J’ai en effet eu le grand plaisir d’interviewer Giuseppe Maiorana.

Giuseppe est un jeune italien de 28 ans qui vient de Salemi, une petite ville sicilienne.

Actuellement, il est le Marketing & Communication Manager de Frog Learning, une société italienne d’e-learning basée à Parme.

Son énorme talent et son amour pour le marketing ont été reconnus à niveau national : en 2019, Giuseppe a reçu le prestigieux prix Leonardo, conféré par le Président de la République italien, Sergio Mattarella, aux jeunes diplômés qui ont contribué à la promotion du Made in Italy.

L’équipe Décodage Com tient donc à remercier Giuseppe pour ce témoignage extrêmement précieux et éducatif. 😊

Giuseppe, qu’est-ce qui t’a poussé à étudier Économie & Management lors de ton bachelier ?

C’est pour deux raisons principales. D’un côté, j’ai toujours été intéressé par le monde de la gestion des entreprises. En effet, je suis fasciné par la façon dont les organisations, peu importe leur taille, arrivent à générer de la valeur vers l’extérieur.

C’est comme un puzzle : il faut savoir assembler les différentes pièces pour permettre le fonctionnement du cadre global. Il est donc vital que chaque pièce se trouve à sa place afin que toute activité entrepreneuriale ait du succès.

Deuxièmement, les études en Économie & Management ont représenté une sorte de défi personnel.

Effectivement, dans le cadre de mon éducation secondaire, j’ai suivi des cours littéraires que j’ai beaucoup aimés.

Je ressentais toutefois que le monde des études classiques, d’où je venais, pouvait aussi être associé au monde de l’économie et de la gestion.

C’est dans le but de trouver le fil rouge entre ces deux secteurs que j’ai donc choisi d’aller à contre-courant et de m’inscrire en Économie & Management à l’Université de Padoue. Dans le cadre de ce bachelier, j’ai aussi eu l’opportunité de faire mon Erasmus à l’Université de Yaşar, en Turquie.

Tu as fait des études en Économie & Management mais aussi en Marketing. En effet, actuellement, tu occupes le poste de Marketing & Communication Manager. Dis-moi en plus à ce sujet !

Tout à fait. C’est justement lors de ma deuxième année de bachelier que, en suivant un cours de Marketing, j’ai découvert ma grande passion pour cette discipline.

Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai donc postulé pour le Master en Trade Marketing et Stratégies commerciales à l’Université de Parme. C’est ainsi que je suis vraiment tombé amoureux du marketing.

Par conséquent, j’ai suivi ce chemin, en commençant à travailler dans une fondation de mode en tant que Social Media Manager.

À présent, je suis le Marketing & Communication Manager chez une entreprise qui s’appelle Frog Learning et qui s’occupe d’e-learning.

Qu’est-ce qui te fascine le plus par rapport au Marketing ?

Souvent, le marketing est perçu comme un outil manipulatoire qui a le seul objectif de créer du profit pour les entreprises.

Toutefois, comme démontré par Kotler, le père du marketing, cette idée est fausse. En effet, le marketing est tout simplement un instrument par lequel on arrive à communiquer la valeur d’un produit à l’extérieur.

Il s’agit donc d’un moyen de valoriser un bien ou un objet qui, cependant, étaient déjà recherchés consciemment ou inconsciemment par les gens.

Un autre cliché lié au marketing est que ce dernier crée des besoins artificiels.

Ce n’est pas du tout le cas. Les besoins sont déjà présents dans l’esprit des personnes. Ce que le marketing se limite à faire est de repérer leurs désirs.

On peut expliquer ce concept à l’aide d’un exemple. Imaginons que je dois me déplacer d’un point A à un point B. Pour ce faire, je pourrai utiliser un vélo, une trottinette, une voiture ou bien aller à pied.

Ainsi, alors que le besoin de me déplacer reste le même, le désir lié à la façon dont je me déplace change en fonction du moyen que je choisis (vélo, trottinette, voiture, etc.).

La mission du marketing est donc d’intercepter ce désir afin de le satisfaire. De quelle manière ? En montrant au public cible comment un certain produit lui apporte des bénéfices.

On pourrait même affirmer que la structuration du marketing se base entièrement sur l’étude des désirs de l’être humain. C’est donc une discipline qui va bien plus loin que le simple but commercial.

En effet, le marketing suppose des études psychologiques et sociologiques, liées aussi au monde des neurosciences. C’est donc cette complexité qui me fascine le plus.

Parlons maintenant de Marketing Digital. Quels conseils donnerais-tu à toute organisation qui voudrait développer une bonne stratégie digitale ?

Tout d’abord, il faut savoir que c’est là un procès complexe, qui prend du temps. Une erreur commune est celle de penser que la rapidité du digital permet d’obtenir des résultats aussi rapides. Cela n’est pas possible.

Pour structurer une excellente stratégie digitale, il faut donc de la patience. Tout d’abord, il est nécessaire de mener une série d’études afin de définir des SMART objectives, c’est-à-dire des objectifs clairs et mesurables.

Après avoir défini ses objectifs, l’entreprise doit comprendre comment les atteindre. Le but est d’établir de quelle façon on veut communiquer à l’extérieur la valeur d’un bien ou d’un service en se servant des outils digitaux.

En même temps, l’entreprise devra étudier sa concurrence. Selon les résultats de cette analyse, elle décidera donc si suivre le marché et s’adapter à la concurrence ou si se distinguer et poursuivre une stratégie complètement différente.

Une autre étape importante correspond à la définition du public cible ou buyer personae, du registre et des canaux de communication. Par exemple, si on veut toucher un public jeune, il faudra utiliser TikTok. Si, par contre, on veut se diriger à une tranche d’âge plus adulte, il faudra utiliser Facebook.

Cependant, il ne faut pas oublier que ce qui se trouve à la base de toute stratégie est le produit. Ce dernier doit procurer de la valeur à la société et aux individus.

Ainsi, il faut toujours se demander quelle est la valeur qu’on veut apporter à nos clients. Il faut vendre le pourquoi : « Pourquoi je fais ce que je fais ? ».

Personnellement, je crois qu’il est bien de se poser cette question dans n’importe quelle circonstance de notre vie. Toutefois, dans le cadre du marketing, elle doit devenir une obsession.

Tu es très actif sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram. C’est sur cette plateforme que tu as lancé un compte, maiortalks, dédié à la divulgation de savoirs et informations. Comment ce projet est-t-il né et quelle stratégie suis-tu afin de faire grandir ta page ?

Maiortalks est un projet qui est né pendant la pandémie. En effet, je me suis rendu compte que, depuis toujours, je voulais communiquer avec les gens.

Toutefois, je n’avais concrétisé ce rêve que dans des milieux restreints. Jamais je ne m’étais approché d’un public plus large comme celui des réseaux sociaux.

Le premier confinement a représenté pour tout le monde une période de grande activité communicationnelle. C’est à ce moment-là que je me suis lancé.

J’ai donc défini un parcours basé sur une stratégie de contenu car, comme le dit Bill Gates, content is king.

En réalisant des stories ou des vidéos de quelques minutes, mon but est ainsi d’approfondir toutes ces informations qu’on n’a pas l’envie ou bien l’opportunité d’analyser.

Cela est causé par le fait qu’on va trop vite et qu’on vit dans l’impatience. Aujourd’hui, on parle en effet de l’ère de l’impatience.

J’ai donc appliqué ma stratégie à partir du nom de mon compte Instagram. Si auparavant je m’appelais giusmaior, maintenant je m’appelle maiortalks.

Maior ne renvoie pas à l’adjectif latin qui exprime la grandeur. Tout simplement, c’est l’abréviation de mon nom de famille et le surnom que mes amis m’ont donné.

Talks car je voulais parler, je voulais communiquer avec les gens.

C’est ainsi que j’ai démarré mon projet. Au début, je créais de petites « caspules », de brèves vidéos liées au monde du marketing, des réseaux sociaux, de la sociologie et de la psychologie.

Ensuite, cette idée s’est élargie et maintenant je réalise des rubriques auxquelles je suis très affectionné. Une d’entre elles s’appelle Sud et veut représenter la beauté du territoire de l’Italie méridionale en tant que culture, style de vie et façon d’être.

Une autre de mes rubriques est justement liée aux réseaux sociaux. Mon objectif est d’en donner une interprétation approfondie et détaillée.

Par exemple, j’ai créé une série de vidéos afin de démentir, sur la base d’études scientifiques, la croyance répandue que les GSM et les réseaux sociaux nous espionnent.

Finalement, je voudrais aussi mentionner la rubrique Detti e Ridetti (Dit et redit) qui explore les origines des proverbes et des expressions linguistiques comme « l’habit ne fait pas le moine ».

L’aperçu du compte Instagram de Giuseppe Maiorana.


Mon compte Instagram est donc un moyen de partager des informations et également de recevoir du feedback. En effet, la partie que j’aime le plus de cette community est justement l’échange d’avis et d’opinions.

Tu as mentionné le fait qu’on vit dans l’ère de l’impatience. Effectivement, notre époque est l’époque des contenus fluides, qui disparaissent après quelques secondes.

Dans cette ère de la vitesse, il arrive de plus en plus souvent que les utilisateurs, notamment les jeunes, s’informent sur les actualités politiques, économiques et sociales à travers les réseaux sociaux.

Quelle est ton opinion d’expert à propos de ce sujet et quelles sont, d’après toi, les forces et les faiblesses des réseaux sociaux ?

Tout d’abord, il faut souligner que le développement de la technologie a marqué une évolution disruptive de l’être humain. Internet nous a totalement changés dans notre façon d’aborder l’information, les contenus et, plus généralement, la réalité des choses.

Au bout de 8 ans, par exemple, notre capacité d’attention dans la lecture d’une publication a baissé de 15 à 7 secondes.

Par rapport aux vidéos, notre attention se limite aux 3 premières secondes. La vidéo doit donc nous captiver tout de suite, sinon on passe à autre chose.

C’est pour cela qu’on parle de l’ère de la vitesse. Les réseaux sociaux ont compris qu’il faut intercepter et satisfaire ce besoin de vitesse.

Bien sûr, ce besoin n’a pas été créé par le marketing. Il s’agit tout simplement de l’avancement de notre société suite à la révolution de l’Information & Communication Technology.

La révolution digitale est la révolution la plus rapide qu’on a enregistrée, encore plus que la révolution industrielle, et cela a jeté les bases d’un changement historique.

Ainsi, les réseaux sociaux sont devenus un moyen d’information alternatif et plus populaire que la télévision et la radio. Aujourd’hui, presque personne ne possède de vraie radio et de plus en plus de gens cessent de regarder la télévision via câble.

Toutefois, c’est là une arme à double tranchant : à quel point ces informations présentes sur les réseaux sociaux sont-elles approfondies ?

On vit dans l’ère de l’impatience, ce qui signifie que plus on va vite, moins on arrive à creuser dans les informations.

Je dirais donc que, dans mon imaginaire, les réseaux sociaux sont comme un apéritif. En effet, ils précèdent le plat principal, c’est-à-dire l’information réelle, qu’il faut quand même approfondir en s’appuyant sur d’autres sources, comme les journaux.

En 2019, tu as reçu le Prix Leonardo pour ton mémoire. Pourrais-tu nous parler de ton travail, ainsi que de cette expérience qui souligne comme les jeunes peuvent et doivent être les protagonistes du monde contemporain ?

Le prix Leonardo est une des plus belles expériences que j’ai vécues, en termes de satisfaction et de développement personnel. D’ailleurs, c’est une grande opportunité de networking.

Tout d’abord, il faut préciser que le prix Leonardo se divise en plusieurs catégories. La mienne faisait référence au Centre de Florence pour la mode et le Made in Italy, avec le prix Alfredo Canessa.

Dans mon mémoire, j’ai analysé les changements apportés par la révolution digitale dans le monde de la mode.

Si, initialement, la mode a essayé de renier le digital, au bout de 10 ans elle l’a complètement épousé. Aujourd’hui, par exemple, on assiste aux défilés via les lives Instagram et on a la possibilité d’essayer les vêtements dans des virtual rooms.

D’ailleurs, j’ai analysé comment cette révolution digitale a changé l’être humain dans sa façon de se rapporter aux autres et dans sa façon d’acheter les produits mode.

Ainsi, j’ai présenté cette analyse aux prix Leonardo et je me suis classé parmi les gagnants.

J’ai reçu le prix à Rome, à Palazzo Barberini, par notre président de la République, Sergio Mattarella, mais aussi par notre ex Premier Ministre, Giuseppe Conte, et par la présidente du Comité Leonardo, Luisa Todini.

Giuseppe Maiorana avec l’ex Premier Ministre italien, Giuseppe Conte, durant la cérémonie des Prix Leonardo.

Giuseppe Maiorana avec le Président de la République italien, Sergio Mattarella, durant la cérémonie des Prix Leonardo.

Quels conseils donnerais-tu à tous les jeunes qui voudraient travailler dans le secteur du marketing et de la communication ?

Mon premier conseil est d’être curieux, car il est important de maîtriser nombre de savoirs dans ce secteur.

Mon deuxième conseil est d’étudier, de se documenter, d’approfondir ses connaissances à l’aide de la lecture et de l’analyse des études de cas. En effet, on peut apprendre beaucoup de choses à travers l’étude du passé, qu’on peut décider d’imiter ou de révolutionner complètement.

Finalement, il faut aussi savoir se lancer des défis et ne pas avoir peur de l’inconnu et des erreurs.

On fait toujours plein de fautes. Cela est arrivé nombre de fois dans le marketing, où des millions et millions de dollars ont été gaspillés à cause de tentatives mal réussies et de projets pas aboutis.

Mais, comme le disait Churchill, le succès n’est que le passage d’un échec à l’autre sans jamais se décourager.

Voilà donc mes conseils : être curieux, étudier, s’informer et se poser constamment des défis.

C’est déjà la fin de cette interview exclusive !

Et toi, quelle carrière aimerais-tu entreprendre dans le monde du marketing et de la communication ?

Voudrais-tu être un Community Manager, un Attaché de Presse ou bien un Marketing & Communication Manager comme notre cher Giuseppe ? Si tu as des questions par rapport à ces professions, n’hésites pas à consulter la section de notre site dédiée aux métiers de la com !

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À la semaine prochaine, avec plein de nouveaux articles ! 😊

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