Communication politique & publique : le cas de la communication du gouvernement belge face la crise de l’eau contaminée par les PFAS

par | Mar 24, 2025

La crise de la contamination de l’eau par les PFAS soulève d’importants défis en matière de politique et de communication publique. Entre transparence, gestion de crise et pression médiatique, les autorités doivent informer le public tout en préservant la confiance des citoyens. Quels choix de communication ont été faits ? Cette stratégie rétablira-t-elle la confiance ou augmentera-t-elle la méfiance ?

Contexte de la contamination de l’eau aux PFAS en Belgique

La contamination de l’eau belge par les PFAS fait partie d’un problème mondial lié à ces substances, souvent appelées « contaminants perpétuels », présentes dans l’environnement et les aliments. Schiavone et Portesi (2023) ont souligné que les PFAS posent des défis importants en raison de leur toxicité et de leur bioaccumulation, nécessitant une réglementation stricte et des méthodes analytiques avancées pour évaluer les risques.

En Belgique, plusieurs endroits ont été identifiés comme critiques. L’un des cas les plus médiatisés concerne la base militaire de Chièvres, où l’utilisation de mousse anti-incendie a entraîné une contamination des eaux souterraines. Dans la province du Hainaut, une enquête de 2023 a révélé que plus de 20 000 habitants étaient exposés à des eaux contenant de fortes concentrations de PFAS, bien supérieures aux seuils recommandés. Pendant ce temps, l’usine 3M de Zwijndrecht, en Belgique, a attiré l’attention pour ses rejets de grandes quantités de PFAS, entraînant une contamination du sol et des résidents locaux. Ces révélations soulèvent des questions sur la capacité des autorités à répondre aux crises et sur la clarté des communications gouvernementales.

Concept de Communication gouvernementale : définition, acteurs et stratégies

1. Définition

La communication gouvernementale fait référence à toutes les actions entreprises par les autorités publiques pour fournir des informations, sensibiliser et interagir avec les citoyens. Elle va au-delà de la simple diffusion d’informations ; elle vise également à promouvoir le soutien aux politiques publiques, à gérer les crises et à renforcer la confiance démocratique.

2. Entités de communication gouvernementales

La communication gouvernementale est assurée par différents acteurs :

Ministères et administration publique : Ils diffusent les informations officielles et appliquent les politiques de communication.

Porte-parole et services de presse : Ils assurent la liaison avec les médias et le public.

Agences spécialisées : Certaines agences publiques (comme le Service d’information du gouvernement en France) coordonnent les communications intergouvernementales.

Autorités locales : elles communiquent les décisions nationales et mènent leurs propres campagnes d’information.

3. Formes de communication gouvernementale

La communication gouvernementale s’exprime à travers diverses stratégies :

a) Information et sensibilisation : L’État joue un rôle central dans la diffusion de messages de politique publique, tels que les Activités de prévention (santé, sécurité routière, environnement), Annonces de réformes et de projets de loi.

Plateformes numériques gouvernementales (sites internet, réseaux sociaux d’agences).

b) Communication locale et dialogue citoyen : Les gouvernements cherchent à impliquer davantage les citoyens à travers l’Organisation des consultations et des débats publics, L’Utilisation les réseaux sociaux pour interagir avec les gens.

Encourager la participation citoyenne à travers des plateformes dédiées.

c) Communication de crise : En cas d’urgence (catastrophes naturelles, épidémies, crises politiques), l’État doit communiquer rapidement en Informant sur les dangers et les mesures à prendre, en  Rassurant  les gens et éviter la désinformation et en Coordonnant les actions entre les différents niveaux d’autorité.

Réponse initiale des autorités belges

Face à la révélation de l’incident de pollution, les autorités belges ont pris une série de mesures pour atténuer la crise et apaiser la population. Le gouvernement wallon a avancé en février 2025 l’entrée en vigueur de normes strictes limitant les concentrations de 20 PFAS spécifiques dans l’eau du robinet à 100 nanogrammes par litre, en prévision d’une directive européenne prévue en 2026. Cette décision vise à démontrer l’approche proactive du gouvernement en matière de protection de la santé publique wallonie.be .

Les autorités belges ont été critiquées pour leur gestion de la crise, notamment en termes de communication avec le public. Selon Gissi et al. (2022), lors d’une contamination environnementale, une communication transparente et efficace est cruciale pour maintenir la confiance du public et assurer une gestion adéquate des risques. En Wallonie, la Société Wallonne des Eaux (SWDE) a publié une analyse couvrant 177 domaines, mais la complexité et le manque de clarté des informations ont conduit à des perceptions mitigées du public. Lecho.be .

Stratégies de communication adoptées

La gestion de la communication du gouvernement belge pendant cette crise peut être analysée sous plusieurs aspects :

1. Transparence et diffusion de l’information : Dans un premier temps, une communication limitée a conduit à une méfiance accrue au sein de la population. Les autorités ont ensuite intensifié leurs efforts pour publier régulièrement des informations sur la qualité de l’eau et les mesures prises, notamment via le site Internet de la Société wallonne des eaux (SWDE).

2. Engagement communautaire : Des campagnes de sensibilisation ont été lancées pour informer les citoyens sur les risques associés aux PFAS et les mesures préventives à prendre. Des séances d’information publiques sont organisées pour répondre aux préoccupations des résidents.

3. Coopération interinstitutionnelle : Le gouvernement travaille en étroite collaboration avec les instituts de recherche scientifique et les experts en santé publique pour garantir l’exactitude de la diffusion des informations et renforcer la crédibilité des informations officielles.

Malgré les efforts des autorités belges pour informer la population sur la contamination par PFAS, plusieurs obstacles entravent l’efficacité de leur communication. Ces défis structurels et contextuels alimentent la méfiance du public et compliquent la gestion des crises.

Défis rencontrés dans la communication gouvernementale

 Sentiment de réponse lente

L’une des principales critiques adressées aux autorités belges concerne les retards dans la prise de décision et la communication sur l’ampleur de la pollution. Les autorités étaient conscientes de la présence de PFAS dans certaines eaux souterraines depuis plusieurs années avant que Le Monde ne reconnait  officiellement et n’informe le public du problème en 2023, selon des enquêtes menées par des médias et des experts en environnement le monde 23.

Ce retard crée un sentiment d’opacité et d’inertie politique, alimentant la méfiance des citoyens à l’égard des institutions. La gestion de la crise environnementale dépend fortement de la confiance du public envers les autorités, et toute perception d’une action lente ou dissimulée pourrait nuire à l’efficacité des mesures prises. Comme l’ont noté Giesy et al. (2022), des réponses rapides et transparentes sont essentielles pour limiter la propagation des inquiétudes dans les situations de crise environnementale et éviter la désinformation.

 La technologie est complexe et difficile à vulgariser

Les PFAS sont des produits chimiques dont les impacts sur la santé et l’environnement nécessitent une compréhension scientifique approfondie. Leur persistance, leur bioaccumulation et leur toxicité potentielle sont des concepts complexes difficiles à communiquer au public de manière claire et compréhensible.

Les autorités tentent de rendre ces informations plus accessibles à travers des campagnes d’information et des rapports de vulgarisation publiés sur les sites Internet d’institutions telles que la SWDE et le Gouvernement wallon (Wallonie.be, 2023). Cependant, ces efforts n’ont pas suffi à dissiper la confusion parmi de nombreux citoyens, notamment ceux qui n’ont pas de formation scientifique.

Schiavone et Portesi (2023) soulignent le rôle des méthodes analytiques et des cadres réglementaires dans l’évaluation et la compréhension des impacts des PFAS. Cependant, la communication scientifique au public doit être adaptée pour éviter une technicité excessive, qui peut conduire à des malentendus ou au rejet de l’information. La diffusion de rumeurs et d’informations contradictoires sur les réseaux sociaux exacerbe cette difficulté, alimentant peur et méfiance.

 Coordination interrégionale insuffisante

La Belgique est un État fédéral et la responsabilité en matière d’environnement et de santé publique est répartie entre plusieurs niveaux de pouvoir : fédéral, régional et local. Cette structure institutionnelle complique la coordination des communications sur la crise des PFAS, avec des approches parfois différentes entre la Wallonie, la Flandre et Bruxelles.

Par exemple, la Wallonie a mis en place une norme stricte de 100 ng/L pour 20 PFAS dans l’eau potable à partir de 2025, alors que d’autres régions n’ont pas immédiatement adopté les mêmes seuils (L’Écho, 2023). Cet écart a semé la confusion parmi les citoyens, certains se demandant pourquoi leur région a des normes différentes de celles du reste de la Belgique.

Leçons tirées et recommandations pour l’avenir

La crise des PFAS en Belgique fournit des enseignements précieux pour la gestion des communications dans de futures situations de crise environnementale :

1. Proactivité et transparence : Dès que des risques potentiels sont découverts, le public peut être immédiatement informé même s’il n’en est pas totalement sûr, ce qui peut empêcher la propagation de la méfiance et des rumeurs.

2. Simplifier l’information : adapter le langage et les supports de communication pour rendre les informations techniques accessibles et compréhensibles à tous les groupes.

3. Engagement continu : maintenir un dialogue ouvert avec les communautés affectées, solliciter leurs commentaires et impliquer les dirigeants locaux dans les efforts de communication.

4. Coordination centralisée : Créer une cellule de crise dédiée aux communications pour assurer la cohérence des messages et des actions entre les différentes entités gouvernementales et régionales.

Conclusion : Vers une nouvelle approche de la communication de crise environnementale ?

La gestion de la crise des PFAS en Belgique met en lumière les défis complexes de la communication gouvernementale face à une contamination environnementale à grande échelle. Cette situation met en évidence les limites des stratégies actuelles en raison de la lenteur de la réponse, de la complexité scientifique et de l’insuffisance de la coordination interrégionale et souligne l’importance de la transparence, de la réactivité et d’une communication facile avec le public.

Cette crise n’est cependant pas un cas isolé. Elle soulève des questions plus larges sur la gestion de la pollution industrielle et la responsabilité des pouvoirs publics et des entreprises face aux risques sanitaires et environnementaux. Comment pouvons nous garantir que nous sommes mieux à même de prédire les crises environnementales ? Faut-il repenser les mécanismes de régulation et de contrôle pour éviter de telles situations à l’avenir ? Enfin, la confiance du public dans les institutions étant un élément clé de la gestion de crise, quelles stratégies de communication peuvent être mises en œuvre pour restaurer cette confiance et prévenir la désinformation ?

Ces questions méritent un débat plus approfondi, pas seulement dans le seul cas des PFAS, mais interrogeant plus largement notre capacité à gérer les futurs défis environnementaux. À l’heure où les crises écologiques se multiplient, il est essentiel de repenser la communication de crise comme un outil central de gouvernance environnementale alliant expertise scientifique, transparence politique et participation citoyenne.

Référence :

Le Monde. (2024, 23 octobre). En Belgique, les habitants du Hainaut sidérés par l’ampleur de la contamination des eaux par les PFAS. https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/10/23/en-belgique-les-habitants-du-hainaut-sideres-par-l-ampleur-de-la-contamination-des-eaux-par-les-pfas_6358429_3244.html 

Wallonie.be. (2024). Pollution aux PFAS en province de Hainaut : état de la situation. https://www.wallonie.be/fr/actualites/pollution-aux-pfas-en-province-de-hainaut-etat-de-la-situation

Lecho.be. (2023, octobre 20). Les PFAS : on s’en inquiète. 10 questions pour comprendre. L’Écho. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/les-pfas-on-s-en-inquiete-10-questions-pour-comprendre/10505538.html 

Schiavone, C., & Portesi, C. (2023). PFAS : un aperçu de l’état de l’art, de la législation aux approches analytiques et aux aspects toxicologiques pour l’évaluation de la contamination des aliments et de l’environnement et des risques associés. Sciences appliquées, 13(11), 6696. https://doi.org/10.3390/app13116696 

Giesy, J. P., et al. (2022). Perception publique des risques et stratégies de communication lors de contaminations environnementales : le cas des PFAS. Journal of Risk Analysis, 42(3), 123-140.

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