Comment Greenpeace alerte le monde sur les dangers qui menacent les milieux marins ? Analyse sémiotique de ses campagnes de sensibilisation

par | Mar 19, 2026

En mars 2026, une baleine géante installée sur la Grand-Place de Louvain-la-Neuve a surpris les passants et attiré leur attention sur la fragilité des océans. Cette action, symbole des campagnes de Greenpeace, vise à sensibiliser le public aux menaces qui pèsent sur les milieux marins et à susciter une prise de conscience face à l’urgence environnementale.

Mais comment ces dispositifs de communications parviennent-ils à transmettre un message complexe et à mobiliser l’opinion au public ? Cet article analyse les campagnes de sensibilisation employées par Greenpeace pour alerter sur les océans. 

Importance et menaces des océans

Les océans jouent un rôle essentiel pour la planète. Tout d’abord, ils constituent un régulateur majeur du système climatique. En effet, l’océan absorbe, stocke et transporte la chaleur du soleil grâce à ses mouvements, ce qui influence la température et la circulation de l’atmosphère. Il joue également un rôle clé dans le système terrestre en absorbant une grande partie du CO2, notamment grâce à la circulation des masses d’eau et à l’activité biologique en surface (Bopp, 2024). Ils régulent également le climat, nourrissent des milliards de personnes et abritent une biodiversité exceptionnelle (Greenpeace Belgique, s. d.).

Pourtant, ils sont aujourd’hui fortement menacés par certaines activités humaines, comme la pêche industrielle, la pollution ou l’exploitation intensive des ressources. Malgré ces enjeux, moins de 1% des océans bénéficie d’une protection réelle (Greenpeace Belgique, s. d.).

Qui est Greenpeace ?

Greenpeace est une organisation internationale indépendante qui agit de manière non-violente pour protéger l’environnement, préserver la biodiversité et promouvoir la paix. Elle s’appuie sur la mobilisation de citoyens engagés afin de construire un monde plus juste et durable pour les générations futures (Greenpeace Belgique, 2026).

L’organisation a été fondée en 1971 par un petit groupe de militants opposés aux essais nucléaires. Depuis sa création, Greenpeace mène des campagnes de sensibilisation et d’action pour alerter l’opinion publique et encourager les gouvernements et les entreprises à adopter des politiques plus respectueuses de l’environnement (Greenpeace Belgique, 2026).

Dans quel contexte s’inscrit sa campagne sur la protection des océans ? 

Face à cette situation, l’organisation Greenpeace mène des campagnes de sensibilisation pour alerter le public et encourager la création de réserves marines.  L’objectif est de protéger au moins 30% des océans d’ici 2030 afin de préserver les écosystèmes et de renforcer leur capacité à résister à la crise climatique (Greenpeace Belgique, s. d.).  

Ces campagnes ont une intention principalement informative et militante. Elles s’adressent au grand public, aux entreprises et aux gouvernements afin de susciter une prise de conscience et inciter à l’action. L’analyse sémiotique permet donc de comprendre comment les campagnes de Greenpeace représentent l’urgence climatique et la protection des océans. 

Les stratégies de communication utilisées pendant les campagnes

L’usage de signaux visuels puissants

Un exemple emblématique des campagnes de Greenpeace est l’utilisation d’une baleine géante d’environ 6 mètres de long lors de certaines actions de sensibilisation. La Figure 1 illustre cette baleine installée sur la Grand-Place de Louvain-la-Neuve jusqu’au 23 mars 2026, utilisée pour attirer l’attention du public sur les dangers liés à l’exploitation minière des fonds marins (Colette, 2026). Les ressources minières des fonds marins suscitent aujourd’hui l’intérêt de nombreux acteurs économiques. Cette dynamique s’explique notamment par l’augmentation constante de la demande mondiale en métaux, indispensables à la production de technologies telles que les automobiles, les téléphones, les ordinateurs ou encore les équipements industriels (Marghelis, 2019).

La baleine employée ici est une espèce porte-drapeau, c’est-à-dire une espèce charismatique choisie pour représenter la lutte en faveur de la protection de l’environnement. De nombreuses ONG environnementales utilisent ce type d’espèce. Par exemple, le panda est une autre espèce porte-drapeau emblème de WWF (Hanane, 2023). 

Cette baleine peut être interprétée comme un symbole de la relation entre l’être humain et la nature. Sa présence instaure un contraste entre un animal marin gigantesque et un espace urbain. Ce contraste suggère que les océans, bien qu’éloignés du quotidien des citoyens, concernent directement la société humaine. L’installation cherche donc à faire comprendre que les activités humaines, telles que l’exploitation minière en eaux profondes, peuvent avoir des conséquences significatives sur les écosystèmes marins. En effet, l’exploitation minière des fonds marins entraîne des impacts majeurs, notamment la destruction durable des habitats et de la faune associée lors de la collecte du minerai. De plus, le broyage du minerai peut provoquer la dissolution et l’oxydation de particules, libérant des éléments chimiques dans l’environnement marin (Sarradin et al., 2017)

Le choix de la Grand-Place de Louvain-la-Neuve permet de toucher un large public, de susciter la curiosité des passants et de favoriser le partage sur les réseaux sociaux. L’œuvre agit ici comme un dispositif médiatique, amplifiant le message de Greenpeace. 

L’usage de signaux textuels puissants

Greenpeace utilise également des signes linguistiques courts, directs et émotionnels pour renforcer ses campagnes pour les océans. Par exemple, le slogan « Stop Deep Sea Mining » combine deux éléments clés : 

  • « Stop », un impératif clair qui interpelle directement le public et appelle à l’action immédiate ;
  • « Deep Sea Mining », qui désigne l’exploitation minière en eaux profondes et renvoie aux activités humaines responsables de la destruction des habitats marins et de la perturbation de la faune. 

L’énonciateur, Greenpeace, se présente comme protecteur des océans, tandis que le public est désigné comme destinataire actif, interpellé à agir face aux pressions économiques. 

Une combinaison de signaux textuels et visuels puissants 

Greenpeace utilise également une combinaison de signaux textuels et visuels. La Figure 2 combine des éléments textuels, avec la bannière jaune portant le message impératif « Stop Deep Sea Mining ! Greenpeace » et des éléments visuels contrastés, tels que le navire industriel rouge et jaune et les militants sur un petit bateau. Cette image a pour but de transmettre de façon dramatique et urgente la menace qui représente l’exploitation minière des fonds marins.  Altinay & Williams (2019) montrent que les images environnementales peuvent influencer la perception du public et renforcer le sentiment d’urgence face aux enjeux écologiques. En effet, la communication visuelle permet de : 

  • rendre compréhensible des phénomènes complexes ; 
  • attirer l’attention sur les pertes environnementales ; 
  • renforcer la perception de l’importance et de l’urgence des problèmes environnementaux (Altinay & Williams, 2019). 
Figure 2 – Des militants de Greenpeace International protestent contre une entreprise d’exploitation minière  (Huang, 2021).

Conclusion

En résumé, les campagnes de Greenpeace alertent sur les menaces pesant sur les océans, essentiels pour le climat, la biodiversité et la nutrition mondiale, mais aujourd’hui fragilisés par l’exploitation minière des fonds marins. Pour provoquer la prise de conscience, l’organisation utilise des stratégies de communication combinant signaux visuels et textuels : installations spectaculaires (comme une baleine géante en centre-ville), slogans impératifs (« Stop Deep Sea Mining ») et mises en scène contrastant les activités humaines et la fragilité des écosystèmes. Ces dispositifs visent à interpeller le public, amplifier le message et encourager l’action pour la protection des océans. 

Dans ce contexte, il appartient désormais au public de transformer cette prise de conscience en action, en s’informant, en relayant ces messages et en soutenant les initiatives de protection des océans portées par Greenpeace.                                 

Bibliographie

Articles scientifiques 

Bopp, L. (2024). L’océan, ses cycles et interfaceshttps://journals.openedition.org/hrc/12583

Pierre-Marie Sarradin,  Jozée Sarrazin  et François H. Lallier. (2017). Les impacts environnementaux de l’exploitation minière des fonds marins : un état des lieux des connaissances. Cairn.info. https://stm.cairn.info/revue-responsabilite-et-environnement-2017-1?lang=fr

Hanane, L. M. S. (2023, 1 juin). Identification des espèces porte-drapeau susceptibles d’être utilisés dans les compagnes de sensibilisations à la protection de la biodiversité. https://dspace.univ-guelma.dz/jspui/handle/123456789/15486

Marghelis, A-G (2019). L’exploitation minière des fonds marins : où en sommes-nous réellement?

Altinay, Z., & Williams, N. (2019). Visuals as a method of coastal environmental communication. Ocean & Coastal Management178, 104809. https://doi.org/10.1016/j.ocecoaman.2019.05.011

Autres articles  

Colette, Q. (2026, 5 mars). Mais que fait cette baleine bleue sur la Grand-Place de Louvain-la-Neuve ? DHnet. https://www.dhnet.be/regions/brabant/2026/03/05/mais-que-fait-cette-baleine-bleue-sur-la-grand-place-de-louvain-la-neuve-G2G63JNDLBBDFEUJWEMFYOUQOM/

Greenpeace Belgique. (2026). Qui sommes nous? https://www.greenpeace.org/belgium/fr/qui-sommes-nous/

Greenpeace Belgique. (s. d.). Pour protéger vraiment les océans, créons des réserves marineshttps://act.greenpeace.org/page/166640/petition/1?locale=fr-BE

Huang, K. (2021, 14 mai). LIVE from Pacific # 4 : Our mission to stop deep sea mining before it begins ! – Greenpeace International. Greenpeace International. https://www.greenpeace.org/international/story/47781/live-from-pacific-4-our-mission-to-stop-deep-sea-mining-before-it-begins/

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